JEFFERSON NOIZET ***
Carte de visite
(JFV Prod/Jeffersonnoizet.com)
Jefferson Noizet n’est pas la star de demain. Il enregistre et autoproduit son premier disque à l’âge où d’autres songent à la retraite. Il a bossé dans la musique (journalisme, radio, programmation des festivals) mais aussi en dehors. Son parcours est jalonné de noms qui l’ont façonné : les Rolling Stones (le 45 tours « I’m a king bee »), Bob Dylan, Woody Guthrie (le choc qui l’a mené vers d’autres comme Tom Paxton et Phil Ochs, chez qui les préoccupations sociales n’étaient jamais loin), et puis Marcel Dadi, le maître ès picking. Petit à petit, Jeff s’est forgé un style : un picking de blues, un lick de bluegrass, un beat country. Et puis, des textes, en français, par choix mais aussi parce que notre ami n’imaginait pas autre chose, parce qu’il était convaincu que la langue de Molière pouvait sonner aussi bien que celle de l’oncle Sam. Carte de visite est un disque court, ailleurs on appellerait ça un EP : huit titres, vingt six minutes. C’est un disque dense, qui va à l’essentiel, sans bavardage. L’essentiel c’est d’abord une bande de copains toulousains qui l’accompagne avec un talent et une envie évidents. Jefferson, lui, joue de la guitare acoustique ou électrique, de la pedal steel, de la basse, du dobro, du dulcimer, de l’harmonica. Il a tout compris du blues, du bluegrass, du folk. C’est Toulouse sur Tennessee ! Et il chante, d’une voix chaude, amicale, des textes qui lui tiennent à cœur. L’aspect social (ou sociétal) est présent, bien sûr. « Variables d’ajustement », avec sa dimension autobiographique, est dédié aux DRH qui oublient trop souvent l’être humain. « Le sens du bons sens » fait le constat que le bons sens est de venu une des denrées les moins partagées. Et puis, il y a « Elle m’attend », clin d’œil à la fille du nord de maître Bob, ou encore l’auto dérisoire « Garonne Blues » salutaire pour éviter la grosse tête : la Garonne n’est quand même pas le Mississippi, même si elle en rêve. Au final, un disque attachant, inattendu, avec ses richesses qui se révèlent petit à petit, comme l’ambiance New Orleans de « Madison » ou la mandoline de « Elle m’attend », un des ces albums que l’on garde au chaud, comme un trésor. Pas facile à dénicher pour l’instant. A ranger au rayon des meilleures surprises de l’hexagone
Sam Pierre